ENSEIGNEMENT DES LANGUES ETRANGERES EN ALGERIE

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APPRENTISSAGE: FRANCAIS ET ANGLAIS AUX TROIS CYCLES: PRIMAIRE-MOYEN-SECONDAIRE


    Nouvelle "Petite soeur"

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    Date d'inscription : 03/11/2009
    Localisation : Algérie

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    Message par Administrateur le Dim 24 Jan - 3:53

    Nouvelle "Petite soeur" Petite_soeur
    Nouvelle "Petite soeur" Tanya

    Tanya Tynjälä





    est née au Pérou et vit aujourd'hui à Helsinki où elle travaille comme
    professeur de langue et culture à l'École Polytechnique depuis 2003.
    Elle a fait ses études à l'École
    Normale de Lima, à l'Université Stendhal - Grenoble 3 (Maîtrise en FLE)
    et prépare actuellement son doctorat en philologie française à
    l'Université de Helsinki.


    Je me souviens encore du jour où elle est arrivée à la maison. C'est le jour où ma petite sœur
    a dit « ma » pour la première fois. Il la lui ont achetée pour la récompenser de ce premier mot.
    Dès que je l'ai vue, j'ai senti qu'elle était méchante. Non
    seulement cette poupée de chiffon était la plus laide que j'aie jamais
    vue, mais les boutons qui étaient ses yeux brillaient d'une haine
    féroce.
    — Qu'est-ce qu'il y a ? Tu ne vas pas être jalouse, me demanda maman en me voyant grave et silencieuse.
    — Non, c'est simplement que… Elle est si vilaine. Elle a un œil plus
    haut que l'autre, elle n'a pas de nez, et sa bouche tordue ne se ferme
    pas complètement… On dirait qu'elle a des dents aiguisées. Et pourquoi
    ses cheveux en filasse sont-ils si emmêlés et sales ? Et cette couleur
    verte !
    Papa riait :
    — Tu exagères ! Elle n'est pas si vilaine ! Ou plutôt sa laideur
    fait partie de son charme. De plus, elle plaît à ta sœur, et c'est pour
    elle. La prochaine fois que tu apprendras quelque chose de nouveau,
    nous t'achèterons un jouet à toi aussi. D'accord ?
    Alors, mes parents ont considéré que la
    discussion était close. Ils ont mis ma petite sœur dans son parc et se
    sont assis devant la télé. C'était mon programme préféré, mais je ne
    pouvais pas me concentrer ; il m'était impossible de détourner mon
    regard de la petite qui embrassait et cajolait cette horrible poupée à
    laquelle je ne faisais aucune confiance. Je suis allée dans ma chambre
    et j'ai choisi la plus jolie Barbie que je possédais. Je suis vite
    redescendue et ai essayé de la substituer à la vilaine poupée. Ma sœur
    s'est mise à pleurer. Maman s'est immédiatement approchée et m'a
    brutalement arraché la Barbie des mains.
    — Est-ce que je t'ai pas dit que ces poupées ne conviennent pas pour
    une enfant aussi petite ? Qu'est-ce que tu veux ? Faire du mal à ta
    petite sœur ?

    Il se
    trouve que depuis sa naissance nos parents ne cessaient pas de me
    demander quels étaient mes sentiments pour elle, si je ne pensais pas
    qu'ils m'aimeraient moins quand je ne serais plus le bébé de la maison…
    Et plus je tentais de leur expliquer que j'étais très heureuse de ne
    plus être seule et d'être la grande sœur, plus ils semblaient découvrir
    dans chacun de mes faits et gestes les signes cachés de ce que devaient
    être mes véritables sentiments. « Il est normal d'être jalouse »,
    répétaient-ils. Pourquoi faisaient-ils tant d'histoires ?
    C'est ainsi que toutes mes tentatives pour
    me défaire de cette poupée ont été interprétées comme une volonté
    d'attirer l'attention ou comme une haine refoulée, ou je ne sais quoi
    d'autre. Si bien qu'ils m'ont emmenée chez le médecin.
    J'ai essayé d'expliquer à celui-ci, comme je l'avais fait pour mes
    parents, que cette poupée avait quelque chose de malsain et que, j'en
    étais persuadée, elle finirait par faire du mal à ma petite sœur. La
    preuve en était les petites griffures qui apparurent mystérieusement
    sur son corps à peine étais-je rentrée à la maison. Et, bien entendu,
    je n'en étais pas la cause. Bien sûr, le médecin (comme les autres) les
    attribua à ma grande imagination et ajouta que les griffures étaient
    tout à fait normales chez un tout petit qui fait connaissance avec le
    monde. Il dit encore qu'il me trouvait un peu crispée, mais qu'il n'y
    avait pas de motif de s'alarmer. Il m'interdit de regarder autant la
    télévision. (Surtout les programmes
    violents
    , dit-il. Et il faut se méfier des bandes dessinées, certaines sont assez agressives.)
    Et il me prescrivit des comprimés pour me détendre et mieux dormir. À
    la première prescription, j'ai dû me résigner, mais n'ai pas accepté la
    seconde. Maman me fourrait le comprimé dans la bouche et, dès qu'elle
    ne faisait plus attention, je le crachais. Heureusement. Sans quoi je
    n'aurais pas été réveillée cette nuit-là.


    J'ai été réveillée par un bruit étrange provenant de la chambre de
    ma sœur. C'était comme si l'on avait traîné un objet dehors, à travers
    l'étage. Je me suis levée et, en veillant à ne pas faire de bruit, je
    me suis dirigée vers l'endroit. C'est alors que mes soupçons se sont
    confirmés.
    La poupée était sur la poitrine de ma sœur,
    sa bouche répugnante exagérément ouverte, montrant ses crocs énormes et
    pointus. On aurait dit qu'elle absorbait le souffle du bébé qui,
    pendant ce temps, dormait innocemment. Ses petites lèvres prenaient une
    teinte violacée. J'ai crié, j'ai bondi jusqu'au berceau et, d'un coup,
    j'ai lancé la poupée contre le mur. Ma sœur s'est réveillée brusquement
    et, désespérée, s'est mise à pleurer.
    Nos parents se sont précipités dans la
    chambre. C'est leur expression d'horreur et d'incompréhension qui m'a
    surtout blessée. Bien sûr, ils n'ont pas cru à mon histoire. Je suis
    allée voir le médecin deux fois par semaine au lieu d'une fois, et ils
    ont engagé une garde d'enfant qui devait nous surveiller constamment et
    qui, en outre, devait coucher dans la même chambre que ma sœur. Par
    égard pour moi, sans doute, ils me dirent que cela n'avait rien à voir
    avec l'épisode de la nuit, mais que le médecin avait trouvé le poids de
    la petite insuffisant pour son âge et qu'elle lui avait parue assez
    fatiguée. À aucun moment, ils n'ont pensé établir un lien avec
    l'arrivée de la poupée. Ils croyaient probablement que j'étais plus ou
    moins en cause. Quoi qu'il en soit, la présence d'Ana à la maison a été
    pour moi un soulagement. Si le bébé ne restait pas seul, la poupée ne
    pouvait pas lui faire de mal.

    Toutefois, le calme n'a pas duré.
    Mes parents étaient allés au théâtre ce soir-là. Ana nous a préparé à
    manger puis s'est mise à regarder la télévision avec moi, tandis que ma
    sœur jouait dans son parc. Ana trouvait que le médecin et mes parents
    exagéraient en ce qui concernait mon "problème" de sorte que, dans
    toute la mesure du possible, elle contrevenait aux consignes. Nous
    étions presque complices. Pas plus que moi elle n'aimait la poupée et
    elle la laissait dans la chambre à la première occasion. Elle était
    plus forte que moi quand il s'agissait de convaincre ma petite sœur de
    changer de jouet.
    Tout à coup, le téléphone a sonné. Ana a
    répondu comme si elle avait attendu l'appel. C'était son amoureux. Il
    était dans l'armée et avait une permission ce soir-là. Il souhaitait la
    voir, et elle a dit oui.
    Elle a sorti la petite de son parc et l'a placée à côté de moi.

    — J'ai quelque chose d'important à faire.
    — Tu vas voir ton amoureux ? Pourquoi est-ce qu'il ne vient pas ici ?
    — Parce que… dit-elle, un peu gênée – il n'aime pas les enfants. Tu comprends ? Je n'en ai que pour quelques
    minutes.
    — Maman a dit que tu ne peux pas nous laisser toutes seules, ai-je répondu, inquiète.
    Ana soupira et regarda le plafond en secouant la tête :
    — Oui, cette idée stupide que tu vas faire du mal à ta petite
    sœur... Écoute, tu ne dois pas t'occuper de ces sottises, me dit-elle
    en prenant mon visage entre ses mains. Tu es gentille et responsable.
    J'en ai pour quelques minutes, je te le jure. J'ai sorti la petite de
    son parc, comme ça tu pourras t'occuper d'elle si elle a besoin de
    quelque chose. Nous ne voulons pas que tu te fasses mal en essayant de
    la sortir de là, n'est-ce pas ?
    Et, disant cela, elle se leva, prit son sac pour se diriger vers la porte.
    — Mais celle-là peut lui faire du mal !
    Ana s'arrêta pile et se tourna vers moi :
    — Ah, oui ! L'histoire de cette horrible poupée...
    Elle se mit à me parler sur ce ton ridicule, faussement cérémonieux
    que prennent les adultes pour s'adresser aux enfants, comme si nous
    étions idiots :
    — Il n'y a rien à craindre. Elle est dans la chambre. Elle ne peut pas descendre l'escalier et ta sœur ne peut pas
    le monter ; les barrières de sécurité les en empêchent. Maintenant je
    vais simplement au café du coin. Rien que cinq minutes, promis.
    Qu'est-ce qui peut se passer en cinq minutes ? S'il te plaît. Porte-toi
    bien ! Je ne serai pas longue.
    Pour la première fois, je me suis rendue compte du danger qu'il y a à ne pas respecter les consignes.

    Dès que la porte s'est refermée, les murmures ont commencé. J'ai
    décidé de les ignorer et me suis mise à jouer avec la petite. Ensuite,
    ce n'était plus des murmures qui se faisaient entendre, mais très
    nettement son nom. La poupée l'appelait. Ma sœur a commencé à ramper
    vers l'escalier. J'ai couru vers la sortie et j'ai ouvert la porte pour
    voir si Ana n'était pas dans les parages, mais je ne l'ai vue nulle
    part. D'ailleurs, j'ai eu l'impression que toute la rue était déserte.
    Quand je suis revenue dans le salon, ma sœur était parvenue au milieu
    de l'escalier. Comment avait-elle fait pour ouvrir la barrière ? Je
    suis montée précipitamment. L'autre barrière était ouverte elle aussi.
    J'ai eu peur, très peur. J'ai essayé de la convaincre de descendre. Je
    n'osais pas la porter dans mes bras, j'avais peur qu'elle m'échappe. Je
    ne pouvais pas la tenir. Comment l'aurais-je pu quand je n'avais que
    six ans ? Mais j'ai essayé de toutes mes forces, je pleurais, je la
    suppliais, je lui promettais des tas de choses. J'ai essayé, je jure
    que j'ai essayé.
    Nous sommes arrivées à la porte de la chambre. La poupée continuait
    à l'appeler. J'ai décidé d'entrer et de l'éloigner. J'ai allumé la
    lumière. J'ai parcouru toute la pièce sans la rencontrer.
    — Qu'est-ce que tu veux ? Qu'est-ce que tu cherches ? Pourquoi veux-tu faire du mal à ma petite sœur ?
    Dans la chambre régnait un silence total. Alors je le lui ai dit, et
    cela venait du fond du cœur. Oui, vraiment du fond du cœur :
    — Ne lui fais pas de mal, je t'en prie ! Prends-moi ! Ce que tu veux faire, c'est à moi qu'il faut le faire !
    —La porte se ferma derrière moi, et un coup violent à la tête me fit
    perdre connaissance pendant je ne sais combien de temps. Quand je suis
    revenue à moi, la chambre était si obscure que je ne distinguais rien.
    La terreur s'empara de moi. Etait-elle morte ? Alors, c'était ça ? La
    poupée m'avait échangée contre ma sœur ? Et qu'était-il advenu de ma…
    — Petite sœur ?

    o



    — C'est un cas très curieux, expliqua le chef du service de
    psychiatrie à la jeune interne. Cela fait huit ans qu'elle est ici et
    elle ne fait apparaître aucun changement. Elle s'en tient à son
    histoire qui reste aussi cohérente que le premier jour, et elle paraît
    toujours aussi sincère quand elle parle de l'amour qu'elle porte à sa
    sœur. Pour elle, tout s'est passé exactement comme elle le rapporte.
    C'est sa réalité.
    La jeune femme
    observait par la vitre de la porte l'adolescente assise sur le sol et
    qui berçait en permanence une poupée de porcelaine.
    — Et cette poupée ? D'où sort-elle ?
    — C'est aussi un mystère. Personne ne le sait. Les parents n'ont
    jamais acheté ce genre de poupée. Les deux enfants étaient beaucoup
    trop petites pour un jouet aussi délicat. L'apparition de cette poupée
    est aussi mystérieuse que la disparition de la poupée de chiffon et de
    la petite. La police n'a jamais retrouvé le corps. Mais… tout laisse à
    penser qu'elle est morte.


    o



    Je ne savais pas ce qu'elle voulait, je ne savais pas comment te
    défendre. Je ne pouvais pas imaginer que ce qu'elle voulait, c'était
    jouer avec toi pour toujours dans son monde. Et maintenant tout ce qui
    t'unit à nous, c'est ce corps de porcelaine.
    Peut-être existe-t-il un moyen de te faire revenir. Peut-être
    trouverai-je la façon de te libérer de ta prison de porcelaine. Tant
    que tu restes entière, tant que tu ne te casses pas, tu pourras
    peut-être revenir. II faut que je trouve le moyen, il le faut. En
    attendant, ne t'inquiète pas, petite sœur, je te protégerai, je te
    protégerai…



    FIN

      La date/heure actuelle est Lun 27 Mai - 7:06