ENSEIGNEMENT DES LANGUES ETRANGERES EN ALGERIE

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ENSEIGNEMENT DES LANGUES ETRANGERES EN ALGERIE

APPRENTISSAGE: FRANCAIS ET ANGLAIS AUX TROIS CYCLES: PRIMAIRE-MOYEN-SECONDAIRE


    Textes pour le projet 4:La nouvelle fantastique

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    belkis

    Date d'inscription : 05/01/2010

    Textes pour le projet 4:La nouvelle fantastique

    Message par belkis le Dim 28 Mar - 16:31

    TEXTE 1
    Mon regard indifférent rencontra, au-dessus de la commode, dans une petite bibliothèque pondue au mur, quelques vieux ouvrages et leurs titres. Je fus étonné de voir que tous traitaient de diableries et de sorciers. Je pris un livre : les sorciers du Jura, et, avec le sourire sceptique de l’homme qui s’est placé au-dessus du destin, je l’ouvris. Les deux premières lignes, écrites à l’encre rouge, me sautèrent aux yeux : « Quand on veut voir sérieusement le diable, on a qu’à l’appeler de tout cœur, il vient ! » suivant l’histoire d’un homme qui, amoureux désespéré comme moi, ruiné comme moi, avait sincèrement appelé à son secours le prince des ténèbres et qui avait été secouru ; car, quelques mois plus tard, redevenu incroyablement riche, il épousait celle qui aimait. Je lus cette histoire jusqu’au bout. « Eh bien, en voilà un qui a eu de la chance ! » m’écriai-je, et je rejetai le livre sur la commode. Dehors, Mystère* hululait toujours… Je soulevai le rideau de la fenêtre et ne pus m’empêcher de tressaillir devant l’ombre dansante de ma chienne sous la lune.
    On eut dit vraiment que la bête était possédée, tant ses bonds étaient désordonnés et inexplicables. Elle avait l’air de happer une forme que je ne voyais pas.
    « Elle empêche peut-être le diable d’entre, fis-je tout haut. Pourtant, je ne l’ai pas encore appelé !... »
    J’essayais de plaisanter, mais l’état d’esprit dans lequel je me trouvais, la lecture que je venais de faire, le hurlement de ma chienne, ses bonds bizarres, le lieu sinistre, cette vieille chambre, ces pistolets chargés pour moi, tout contribué à m’impressionner, plus que je n’avais la bonne foi de me l’avouer…
    Je quittai la fenêtre et marchai un peu dans ma chambre. Tout à coup, je me vis dans l’armoire à glace. Ma pâleur était telle que je crus que j’étais déjà mort ! Hélas, non ! L’homme qui était devant cette armoire n’était point mort. Mais c’était un vivant qui évoquait le roi des morts Oui, écoutez-moi…j’ai fait ça….De tout mon cœur…Je l’appelais ! A mon secours… ! Car j’étais trop jeune pour mourir. Je voulais jouir encore de la vie, être riche encore…pour elle !...Moi, j’ai appelé le diable ! Et alors, dans la glace, à côté de ma figure, quelque chose est venue…quelque chose de surhumain, une pâleur, un brouillard, une petite nuée, une figure, resplendissante soudain à côté de ma propre face de damné…et une bouche qui me dit : « Ouvre !... » Alors, j’ai reculé, mais la bouche qui disait encore : « Ouvre ! Ouvre si tu l’oses !... »Et comme je n’osais pas, on a frappé trois coup dans la porte de l’armoire…et la porte s’est ouverte…toute seule…
    Gaston LEROUX ; L’Homme qui a vu le diable, 1908

    belkis

    Date d'inscription : 05/01/2010

    Re: Textes pour le projet 4:La nouvelle fantastique

    Message par belkis le Dim 28 Mar - 16:33

    TEXTE 2
    Le portrait ovale de Edgar Allan Poe (Extrait)

    Le château dans lequel mon domestique s’était avisé de pénétrer de force, plutôt que de me permettre, déplorablement blessé comme je l’étais, de passer une nuit en plein air, était un de ces bâtiments, mélange de grandeur et de mélancolie, qui ont si longtemps dressé leurs fronts sourcilleux au milieu des Apennins, aussi bien dans la réalité que dans l’imagination de mistress Radcliffe. Selon toute apparence, il avait été temporairement et tout récemment abandonné. Nous nous installâmes dans une des chambres les plus petites et les moins somptueusement meublées. Elle était située dans une tour écartée du bâtiment. Sa décoration était riche, mais antique et délabrée. Les murs étaient tendus de tapisseries et décorés de nombreux trophées héraldiques de toute forme, ainsi que d’une quantité vraiment prodigieuse de peintures modernes, pleines de style, dans de riches cadres d’or d’un goût arabesque. Je pris un profond intérêt, ce fut peut-être mon délire qui commençait qui en fut cause, je pris un profond intérêt à ces peintures qui étaient suspendues non seulement sur les faces principales des murs, mais aussi dans une foule de recoins que la bizarre architecture du château rendait inévitables ; si bien que j’ordonnai à Pedro de fermer les lourds volets de la chambre, puisqu’il faisait déjà nuit, d’allumer un grand candélabre à plusieurs branches placé près de son chevet, et d’ouvrir tout grands les rideaux de velours noir garnis de crépines qui entouraient le lit. Je désirais que cela fût ainsi, pour que je pusse au moins, si je ne pouvais pas dormir, me consoler alternativement par la contemplation de ces peintures et par la lecture d’un petit volume que j’avais trouvé sur l’oreiller et qui en contenait l’appréciation et l’analyse.
    Je lus longtemps, longtemps ; je contemplai religieusement, dévotement ; les heures s’envolèrent rapides et glorieuses, et le profond minuit arriva. La position du candélabre me déplaisait, et, étendant la main avec difficulté pour ne pas déranger mon valet assoupi, je plaçai l’objet de manière à jeter les rayons en plein sur le livre.
    Mais l’action produisit un effet absolument inattendu. Les rayons des nombreuses bougies (car il y en avait beaucoup) tombèrent alors sur une niche de la chambre que l’une des colonnes du lit avait jusque-là couverte d’une ombre profonde. J’aperçus dans une vive lumière une peinture qui m’avait d’abord échappé. C’était le portrait d’une jeune fille déjà mûrissante et presque femme. Je jetai sur la peinture un coup d’oeil rapide, et je fermai les yeux. Pourquoi, je ne le compris pas bien moi-même tout d’abord. Mais pendant que mes paupières restaient closes, j’analysai rapidement la raison qui me les faisait fermer ainsi. C’était un mouvement involontaire pour gagner du temps et pour penser, pour m’assurer que ma vue ne m’avait pas trompé, pour calmer et préparer mon esprit à une contemplation plus froide et plus sûre. Au bout de quelques instants, je regardai de nouveau la peinture fixement.
    Je ne pouvais pas douter, quand même je l’aurais voulu, que je n’y visse alors très nettement ; car le premier éclair du flambeau sur cette toile avait dissipé la stupeur rêveuse dont mes sens étaient possédés, et m’avait rappelé tout d’un coup à la vie réelle.
    (Source : Wikipédia)

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